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Histoires d’adaptation aux changements climatiques : la zostère marine et la résilience côtière

Farm at sunset with flowers in the foreground.
CLIMAtlantic

décembre 2, 2025

L’adaptation aux changements climatiques peut prendre de nombreux visages. Le long du littoral de la Nouvelle-Écosse, cette forme d’adaptation se manifeste par la présence de délicates feuilles vertes de zostère marine qui ondulent sous la surface de l’eau.

La zostère marine est un élément essentiel de l’écosystème côtier de la Nouvelle-Écosse; les herbiers de zostère fournissent un habitat, protègent le littoral et absorbent le carbone.

La zostère est menacée par les espèces envahissantes, les changements climatiques et le développement côtier. Certains scientifiques estiment, qu’à chaque heure, en Amérique du Nord, disparaît une prairie de zostère de la taille d’un terrain de football.

Le français suit A photo of a person in a wetsuit standing in knee-deep water, holding a bag of eelgrass and smiling at the camera. Photo d'une personne en combinaison de plongée, debout dans l'eau jusqu'aux genoux, tenant un sac d'algues et souriant à la caméra.

Le projet communautaire de restauration de la zostère marine (PCRZM) rassemble des chercheurs, des citoyens ayant des antécédents scientifiques et des communautés locales afin de documenter ce qui reste des herbiers de zostère et de restaurer ce qui a disparu.

« Nous essayons de mieux comprendre le rôle de la zostère marine en Nouvelle-Écosse, mais aussi de la faire connaître au public ainsi que ses nombreux avantages. La zostère marine est une plante merveilleuse, et peu de gens savent que nous avons de vastes herbiers autour de la Nouvelle-Écosse », déclare Kristina Boerder, scientifique en chef du Projet communautaire de restauration des herbiers de zostère marine et chercheuse au laboratoire de recherche sur l’avenir des écosystèmes marins de l’Université Dalhousie (Dalhousie University’s Future of Marine Ecosystems Research Lab).

L’idée de lancer le Projet communautaire de restauration de la zostère marine (PCRZM) a germé en 2020, lorsque Mme Boerder et d’autres scientifiques ont découvert des herbiers de zostères en bonne santé dans certaines parties de la province. « Cela a piqué notre intérêt à l’égard de l’état des zostères dans la province… et nous avons alors réalisé que nous ne savions pas grand-chose à leur sujet. »

 

(Kristina Boerder du PCRZM)

Le projet vise à recenser les herbiers de zostère marine

En 2023, le PCRZM a vu le jour grâce à un financement du Fonds de restauration des écosystèmes aquatiques de Pêches et Océans Canada.

Mme Boerder estime que la zostère marine est une espèce importante, car elle fournit un habitat essentiel à toute une série d’espèces, du homard au hareng. « Les herbiers de zostère marine constituent un habitat qui accueille de nombreuses espèces − que nous apprécions particulièrement dans les Maritimes − à certaines étapes de leur vie. »

Les herbiers de zostère amortissent l’action des vagues, protégeant ainsi le littoral contre les tempêtes. Selon Mme Boerder, les herbiers peuvent réduire l’énergie des vagues jusqu’à 40 %.

« La zostère est l’un de ces héros méconnus qui nous aident à atténuer les effets des changements climatiques », affirme Kristina Boerder. Au fur et à mesure de sa croissance, la zostère dépose, dans les sédiments sous l’herbier, du carbone qui peut y rester emprisonné pendant des siècles, voire des millénaires. « Et la zostère stocke le carbone environ 30 fois plus efficacement que les forêts terrestres », d’ajouter Mme Boerder. « C’est indéniablement ce que nous appelons un véritable puits de carbone. »

Afin de soutenir cet écosystème vital, le PCRZM recherche des herbiers dans toute la province et étudie leur état de santé et leur étendue au fil du temps. Pour élargir son champ d’action, le projet fait appel à une équipe de citoyens bénévoles ayant des connaissances scientifiques qui utilisent iNaturalist pour repérer les herbiers de zostères.

Le français suitAn image of underwater eelgrass.Une image d'herbes sous-marines.

La zostère est affectée par les changements climatiques et le développement

Hélas, les résultats de ces relevés ne sont pas toujours réjouissants. Les changements climatiques entraînent une augmentation de la température de l’eau, ce qui nuit à la zostère. « C’est une espèce d’eau froide, elle ne supporte donc pas très bien les eaux trop chaudes sur une longue période », explique Mme Boerder.

Les perturbations des cycles saisonniers de température et de salinité essentiels au cycle de vie des herbiers de zostère marine, ainsi que les tempêtes plus violentes et les espèces envahissantes telles que le crabe vert, nuisent à la santé des herbiers de zostère.

Certains ouvrages de protection des côtes, comme des blindages de pierres ou des murs de protection, peuvent modifier les habitats et entraver la croissance des herbiers. « Cela a un réel impact sur la zostère marine dans de nombreux sites où nous avons constaté un recul inquiétant de la zostère marine de 20 à 30 mètres par rapport à la côte. »

Restauration de la zostère marine en Nouvelle-Écosse

Le français suitAn image of an individual kneeling in water, examining eelgrass in their hands.Image d'une personne agenouillée dans l'eau, examinant des zostères dans ses mains.

En collaboration avec les communautés, le PCRZM tente de restaurer certaines prairies qui ont disparu. Le projet met particulièrement l’accent sur la collaboration avec les communautés mi’kmaq et a ainsi collaboré avec la Première Nation de Pictou Landing pour restaurer les herbiers de zostère autour d’une île importante pour la communauté. Les responsables du projet sont également en pourparlers avec la Première Nation de Paqtnkek afin de travailler à un projet de restauration cet été. En effet les zones de pêche traditionnelles à l’anguille de Paqtnkek ont aussi souffert du déclin des herbiers de zostère.

 

(Bénévole communautaire)

Le PCRZM étudie également des souches génétiques provenant de différentes régions de la province afin d’identifier les populations de zostère marine les plus susceptibles de résister aux conditions climatiques plus chaudes que l’on prévoit pour l’avenir. Cette étude est combinée à une analyse visant à déterminer les zones de la province les plus propices à la croissance de la zostère marine à l’avenir. « En effet, il n’est pas très logique de restaurer une zone qui deviendra impropre d’ici dix à vingt ans », poursuit Kristina Boerder.

Dans le but de comprendre l’efficacité de la zostère marine en tant que puits de carbone en Nouvelle-Écosse, le PCRZM prélève des carottes de sédiments dans les herbiers de zostère marine afin d’évaluer la quantité de carbone qu’ils séquestrent et la quantité qui serait libérée s’ils étaient détruits.

Mme Boerder fait remarquer que le projet a eu un résultat inattendu jusqu’à maintenant : les liens tissés avec les membres de la communauté. À une époque où les nouvelles sur les changements climatiques peuvent être alarmantes, les participants au projet font état d’un sentiment de bien-être lié à leur implication dans le travail de restauration des écosystèmes. « C’est un aspect que nous n’avions pas vraiment pris en compte au début du projet, mais qui est devenu une partie importante de notre travail. »

Quoi de plus gratifiant que de voir revivre, après une replantation, des zones qui n’étaient autrefois que des étendues de boue stérile. « Ce ne sont peut-être que des changements à petite échelle, mais cela signifie beaucoup, car les espèces reviennent là où la zostère repousse, et c’est ce qui est merveilleux! »

Ressources supplémentaires :

 

 

Soutien financier fourni par :

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