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Histoires d’adaptation climatique : projet de ferme des vétéranes

À sa retraite des Forces armées canadiennes, Jessica Miller a lancé le projet de ferme des vétéranes (près de Windsor, en Nouvelle-Écosse). « Mon mari et moi, dit-elle, avions acheté ce lopin de terre, sans trop savoir ce que nous en ferions… » 

Très tôt cependant, elle a vite trouvé l’objectif de sa terre : soutenir des vétéranes et d’autres femmes en leur donnant la possibilité de travailler bénévolement à la ferme et d’améliorer ainsi la sécurité alimentaire de collectivités locales qui avaient du mal à s’approvisionner en aliments sains. 

La ferme a commencé par offrir des produits aux légions de la région pour qu’elles les distribuent aux gens des collectivités environnantes. 

Les légions appuient maintenant une cinquantaine de familles en situation d’insécurité alimentaire. « La demande a augmenté de façon dramatique, dit Jessica Miller. Nous avons dû nous réorienter autrement pour nous assurer de respecter nos obligations. »

Les changements climatiques ont une incidence sur le projet de ferme des vétéranes

Les changements climatiques sont l’une des raisons pour lesquelles la ferme a dû se réorienter. En raison des conditions de culture qui évoluent sans cesse, nous avons commencé à avoir du mal à répondre à la demande des familles pour des aliments sains. « Nous ne pouvons plus cultiver beaucoup des produits que nous cultivions auparavant à cause des effets du climat. » Des conditions plus chaudes et plus sèches entraînent un stress thermique pour certaines cultures et une demande accrue en eau. Par ailleurs, les conditions météorologiques extrêmes ont affecté les infrastructures agricoles. En 2023, les vents violents d’un ouragan et une série de tempêtes inhabituelles en décembre ont détruit une grande partie des infrastructures de la ferme, y compris les deux serres. 

Jessica Miller fait remarquer que les parasites constituent aussi un problème. Comme les hivers sont de plus en plus chauds, les parasites ne meurent plus en hiver comme auparavant. Des parasites tels que le doryphore de la pomme de terre et les punaises de la courge ont rendu certaines cultures difficiles à cultiver.

Comment le projet de ferme des vétéranes s’adapte-t-il aux changements climatiques? 

Pour faire face aux changements climatiques, la ferme de Jessica Miller a dû s’adapter, plutôt que de s’accrocher à ses anciennes pratiques. « Si vous continuez à vous battre contre la nature, vous allez continuer à vous cogner la tête contre les murs. »

Changer les pratiques agricoles

Le projet de ferme des vétéranes s’est recentré sur la production d’un nombre réduit de cultures faciles à cultiver. « L’un des grands [changements] a été d’éliminer tout ce que nous ne pouvons pas cultiver sans avoir à nous en occuper 24 heures sur 24, sept jours sur sept, [ou sans avoir à utiliser] des pesticides. » 

Il a donc fallu abandonner des légumes comme les concombres, qui sont la proie des ravageurs qui foisonnent dans des conditions de sécheresse. La ferme a de plus renoncé aux carottes, qui ont mal résisté à des conditions d’extrême humidité. Nous ne cultivons désormais plus que cinq légumes, car nous ne pouvons pas faire face aux problèmes majeurs qui nous affligent. »

La ferme cultive certaines cultures sous abri afin de lutter contre les parasites et de s’assurer un approvisionnement suffisant en eau. « Sans espace couvert comme une serre, la culture est presque impossible », explique Jessica Miller. Les serres ont d’ailleurs été renforcées avec des barres de contreventements et dotées de charpentes plus solides afin de les préparer aux vents violents.

La gestion de l’eau

La ferme récupère l’eau qui s’écoule de la grange, et la dirige vers des citernes ou le puits pour l’utiliser pendant les périodes de sécheresse. « Sans récupérer l’eau de pluie de la grange, nous devrions constamment aller chercher de l’eau. »

Par ailleurs, comme les précipitations sont plus abondantes lorsqu’elles surviennent (une atmosphère plus chaude retient plus d’humidité, ce qui entraîne des pluies plus fortes), la ferme a également dû s’adapter pour gérer l’excès d’eau. Jessica Miller explique qu’ils ont aménagé des fossés de pied sur la pente en haut du champ cultivé afin de rediriger l’eau. Ce n’est pas une pratique courante, mais ils ont aussi installé une pompe de puisard pour aider à faire face aux pluies qui tombent plus vite que le sol ne peut les absorber.

Impacts climatiques sur les agriculteurs des environs et la sécurité alimentaire

Stephanie Arnold, responsable de la Stratégie et de l’Innovation chez CLIMAtlantic, explique que les agriculteurs de la région sont désormais confrontés à plusieurs impacts climatiques simultanés. Tout comme Jessica, certains agriculteurs doivent désormais faire face à la sécheresse et à des précipitations extrêmes au cours de la même saison, en plus du vent et des ravageurs. « Cela complique leur tâche, leur occasionne un surcroît de travail et exige plus de préparation. »

Les agriculteurs sont également touchés par les effets des changements climatiques ailleurs sur la planète. Les perturbations climatiques mondiales affectent les chaînes d’approvisionnement, ce qui peut compliquer l’accès des agriculteurs aux matériaux dont ils ont besoin, tels que les engrais. 

Lorsque les agriculteurs sont confrontés à des perturbations climatiques, cela a un impact sur la production alimentaire et augmente les coûts pour les consommateurs. Même si les producteurs locaux s’adaptent, les changements climatiques demeurent une menace pour la sécurité alimentaire, estime Stephanie Arnold.

« Étant donné que la chaîne alimentaire et la chaîne d’approvisionnement sont si étendues… même si nous faisons un excellent travail d’adaptation au niveau local, si d’autres régions productrices de denrées alimentaires échouent, cela a un impact sur la sécurité alimentaire ici. »

L’amélioration de la santé des sols et la modification des types de cultures pratiquées par les agriculteurs peuvent néanmoins rendre la production alimentaire plus résiliente.

L’avenir pour le projet de ferme des vétéranes 

Le projet de ferme des vétéranes envisage d’autres adaptations, notamment la construction d’une deuxième serre afin d’augmenter la production de légumes. Les femmes envisagent d’autres mesures, telles que l’installation de panneaux solaires sur le toit de leur grange. 

Pour les agriculteurs qui souhaitent contribuer à réduire l’insécurité alimentaire dans un contexte de changement climatique, Jessica Miller leur recommande d’étudier attentivement les terres sur lesquelles ils travaillent et de planifier à l’avance en vue des changements de conditions. « Ne partez plus du principe que vous pouvez planter n’importe quoi dans le sol et le cultiver », déclare-t-elle. « Vous devez vraiment connaître votre espace. »

En fin de compte, les agriculteurs ne peuvent pas y arriver seuls. Il sera important de les aider à s’adapter. « Investir dans des infrastructures pour soutenir l’agriculture, c’est aussi investir dans des infrastructures qui soutiennent les communautés rurales », explique Stephanie Arnold. « Cela va vraiment contribuer à la prospérité des zones rurales, au bien-être des communautés et à la création de moyens de subsistance. C’est là que je suis vraiment optimiste quant à l’adaptation de l’agriculture. »

Ressources supplémentaires 

Financement fourni par la province de la :

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Alex Cadel, notre spécialiste des services climatiques en Nouvelle-Écosse, explore le calendrier mi’kmaw du point de vue de l’évolution du climat, en analysant les tendances des données relatives à chaque lune.